Après Lourdes, vivre la synodalité

« Il nous faudra veiller à ce que la voix des pauvres, des jeunes, des personnes en activité, des enfants même, nous a-t-on rappelé, puisse être entendue. »

(Discours de clôture de l’Assemblée plénière des évêques – novembre 2021)

C’est le cœur lourd de la réception du rapport de la CIASE que l’ACE s’est rendue à l’Assemblée plénière des évêques de France à Lourdes les 5 et 6 novembre derniers.

Réflexions partagées entre évêques et laïcs

Deux journées particulièrement denses qui ont permis, sinon d’approfondir autant que nécessaire, d’aborder collectivement avec les évêques et les nombreux laïcs présents les questions que soulève le rapport et les réponses qu’elles appellent à court et long terme dans le fonctionnement de l’institution comme de nos mouvements et services d’Eglise.

Les nombreux échanges, formels et informels, en ateliers, en carrefours, en plénières ou au cours des repas et temps de pauses, ont été aussi vivifiants que vifs, achevant de convaincre chacun qu’une collaboration entre laïcs et clercs est non seulement possible, malgré les incompréhensions et divergences qui peuvent émerger, mais indispensable pour enrayer les dérives du système ecclésiastique « qui, loin de porter la vie et d’ouvrir à la liberté spirituelle, abîme, écrase, bafoue des êtres humains et leurs droits les plus élémentaires » pour reprendre les termes de Mgr Éric de Moulin-Beaufort dans son discours de clôture.

Un dialogue à poursuivre

C’est un dialogue exigeant qui doit s’ouvrir au sein du peuple de Dieu et les évêques de France en ont peut-être pris la mesure, à travers leurs résolutions qui prévoient notamment la création de groupes de réflexion mêlant clercs et laïcs sur des sujets liés à la prévention large des violences sexuelles et des abus spirituels.

Pour donner suite aux travaux de l’assemblée plénière avec les personnes victimes et les autres invités, les évêques de France constituent des groupes de travail composés de laïcs, diacres, prêtres, personnes consacrées, évêques. Des personnes victimes y seront associées. Ces groupes reçoivent une lettre de mission du Conseil Permanent avec un échéancier. Ils lui rendent compte de l’avancement de leurs travaux en vue de l’Assemblée plénière. L’ensemble des groupes est piloté par un coordinateur (homme ou femme) placé sous la responsabilité du Secrétaire Général de la Conférence des évêques. Il coordonne le suivi des recommandations (R) de la CIASE et le travail des groupes synodaux. Un temps de réception global de ce travail aura lieu au printemps 2023 en collaboration avec les religieux/ses (CORREF) et l’ensemble des forces vives de l’Eglise en France. (R34)

Les évêques ont décidé la création des groupes de travail suivants :

  • Partage de bonnes pratiques devant des cas signalés
  • Confession et accompagnement spirituel (R8,45)
  • Accompagnement des prêtres mis en cause (R1)
  • Discernement vocationnel et formation des futurs prêtres (R44)
  • Accompagnement du ministère des évêques (R13,34)
  • Accompagnement du ministère des prêtres (R35,44)
  • Manière d’associer les fidèles laïcs aux travaux de la Conférence des évêques (R34,36)
  • Analyse des causes des violences sexuelles au sein de l’Eglise (R2)
  • Moyens de vigilance et de contrôle des associations de fidèles menant la vie commune et de tout groupe s’appuyant sur un charisme particulier. (R5)

Les résolutions votées par les évêques de France en Assemblée plénière le 8 novembre 2021

Porter la voix des enfants et rester vigilants

Reste à savoir comment et quand sera mise en œuvre cette urgence évangélique de prendre enfin en compte et au sérieux la parole des enfants, de tous les enfants, dans les instances nationales de l’Eglise de France. L’article 12 de la Convention internationale relative aux droits de l’enfant (CIDE) établit ceci :

« Les États parties garantissent à l’enfant qui est capable de discernement le droit d’exprimer librement son opinion sur toute question l’intéressant, les opinions de l’enfant étant dûment prises en considération eu égard à son âge et à son degré de maturité ».

La société française avance sur ces questions mais la place des enfants, au cœur de l’Évangile, reste encore souvent impensée dans l’Église, en dehors des mouvements et services dédiés. Si ce point d’attention, souligné par l’ACE en plénière, a été repris dans le discours de clôture, il semble encore absent des résolutions. C’est un projet que nous continuerons à porter dans les mois à venir pour que les enfants soient eux aussi acteurs de la construction de l’Eglise qui est la leur !

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