Dans les suites du rapport de la CIASE | Lettre ouverte aux évêques de France

Notre mouvement a été invité à participer à l’Assemblée plénière des évêques à Lourdes de novembre pour travailler ensemble les suites à donner au rapport de la CIASE. C’est un dialogue exigeant qui doit s’ouvrir au sein du peuple de Dieu et les évêques de France en ont peut-être pris la mesure, à travers leurs résolutions qui prévoient notamment la création de groupes de réflexion mêlant clercs et laïcs sur des sujets liés à la prévention large des violences sexuelles et des abus spirituels.

Si la fédération nationale de l’ACE s’est réjouit des résolutions votées par les évêques en assemblée plénière, elle a quelques inquiétudes quant aux suites qui seront opérées aussi en a-t-elle fait part aux évêques dans la lettre ouverte qu’elle leur a adressée début décembre.


« Chers Pères évêques,

Vous avez invité notre mouvement, au mois de novembre, à participer à votre Assemblée plénière à Lourdes avec d’autres laïcs pour réfléchir aux suites à donner au rapport de la CIASE et nous avons été heureux de nous rendre présents.

À Lourdes, durant ce temps de rencontre, court mais particulièrement dense, nous avons pleinement mesuré l’ampleur de la tâche, à la fois en termes de reconnaissance et de réparation des victimes mais aussi en termes de transformation de notre Église, pour que plus jamais elle ne soit le lieu de violences et d’abus de toutes natures. Au fil des rencontres, nous avons vécu une authentique fraternité tant avec vous, Pères évêques, qu’avec les membres des mouvements et associations de fidèles présents, dans toute leur diversité de regards, de sensibilités et de pratiques. Tous ensemble, nous avons fait l’expérience de la fécondité du débat et de la confrontation mis au service de l’intelligence collective dans un climat de prière propice au discernement.

L’Action Catholique des Enfants se réjouit des résolutions votées à l’issue de l’Assemblée plénière, mais par cette présente, nous vous confions que notre inquiétude est grande. Nous nous interrogeons sur les façons dont sera concrètement présente et prise en compte la voix des enfants dans les différents groupes de travail qui seront créés suite aux résolutions votées le 8 novembre. Car vous l’avez souligné : « Il nous faudra veiller, dans les groupes de travail que nous appelons à se constituer, à ce que la voix des pauvres, des jeunes, des personnes en activité, des enfants même, nous a-t-on rappelé, puisse être entendue. »[1] De même, nous nous interrogeons sur la création d’ « espaces », tant au sein de la CEF que dans les diocèses et dans toutes nos structures ecclésiales, pour permettre que résonne la voix des jeunes et des enfants, qu’elle soit prise au sérieux, force de proposition et source de décision, comme nous y invite le Pape François dans Christus Vivit, « quand l’Eglise abandonne les schémas rigides et s’ouvre à l’écoute disponible et attentive des jeunes, cette empathie l’enrichit car “elle permet aux jeunes d’apporter quelque chose à la communauté, en l’aidant à percevoir des sensibilités nouvelles et à se poser des questions inédites” ».[2]

À l’ACE nous en sommes convaincus, les enfants ne sont pas seulement l’avenir du monde, ils sont le présent et l’enrichissent par leur contribution. Aussi, nous sommes d’avis que leur participation à la vie et la construction de l’Église est essentielle au même titre que celle des adultes ; participation qui conditionne le respect des enfants et par là-même leur protection.

Notre mouvement a à cœur d’accueillir et de porter au monde les vérités des enfants, ces êtres remplis d’une grande force intérieure mais si fragiles et vulnérables du point de vue de leur dépendance aux adultes. Petits prophètes d’aujourd’hui, ils nous révèlent la Bonne Nouvelle et ouvrent pour tous, adultes et enfants, des chemins d’Évangile. Comme l’a souligné Mgr de Moulins-Beaufort, « La phase nouvelle de l’histoire de notre Église où nous entrons devrait être une belle aventure », il importe à nos yeux que les enfants y aient toute leur place. La tâche est immense mais pas impossible.

Puissions-nous être courageux et aidés de l’Esprit pour accepter d’opérer ces transformations pour une Église plus humble et un monde plus fraternel, et nous comprendre tous interconnectés et interdépendants, hommes, femmes et enfants.

Chers Pères évêques, soyez assurés de nos prières et recevez nos salutations fraternelles emplies d’Espérance à l’approche de Noël.

Montrouge, le 1er décembre 2021

Patrick RAYMOND, président de la fédération nationale

Isabelle GOUPILLON, aumônerie nationale

Les membres de l’équipe nationale


[1] Discours de clôture de Mgr Éric de Moulins-Beaufort.

[2] Document Final de la XVème Assemblée Générale Ordinaire du Synode des Evêques, n.8

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