Babeth Fourcade : cheville ouvrière de l’ACE en Béarn

Par Capbourrut — Travail personnel, CC BY-SA 4.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=76679610

Comme présidente de l’ACE Béarn et responsable de club et avec d’autres personnes, Babeth Fourcade, a relancé l’Action Catholique des Enfants dans cette région du sud-ouest. Trois clubs existent à présent : deux à Pau et un à Gan, un village voisin. Babeth nous raconte ici comment ces clubs se sont mis en place et à quels besoins ils répondent. Elle témoigne également de la charité et la solidarité qu’y vivent les enfants.


Babeth Fourcade, présidente de l'ACE Béarn
Babeth prise en photo par un enfant du club à l’occasion de club vacances d’avril 2019

Infirmière retraitée du service publique hospitalier et après avoir vécu dans divers endroits, Babeth Fourcade est rentrée dans son Béarn natal en 2010 pour s’occuper de sa mère. A cette époque, il n’y a plus d’ACE dans la région de Pau et un prêtre, Jo Gatelier, lui propose de faire un club pour occuper sa retraite. Elle entreprend ainsi de démarrer un club avec une jeune.

« J’ai fait partie de la JOC puis y ai été accompagnatrice. Quand j’étais enfant, ma tante m’avait fait participer à des fêtes de Fripounets. L’ACE permet de rejoindre des enfants de milieu populaire et c’est pour cela que nous avons voulu créer un premier club avec quelques enfants. Pendant quatre ans, deux clubs qui avaient démarré grâce à l’aide d’André, curé de la paroisse qui avait appelé des mamans pour accompagner les clubs, ont cessé en 2018. »

Bien décidée à maintenir l’ACE, Babeth a relancé en 2016 un club Fripounet devenu ensuite un club de Triolos baptisé le club des Aventurières.

« Aujourd’hui, ce club s’appelle Les combattantes car elles souhaitent combattre les discriminations. Elles sont trois. Une vient du Congo, l’autre du Maroc et la troisième de Géorgie. Entre elles, elles parlent beaucoup de ce qu’elles vivent à l’école, de leurs propres valeurs et de celles de leur famille. Elles expriment ce qu’elles veulent et ne veulent pas, comme par exemple ne pas avoir de relations sexuelles avant d’être mariées… ».

Deux filles sont musulmanes et la troisième prépare sa communion. « Au club, on parle souvent de religion. L’une a dit « je n’ai pas confiance dans les autres. » Alors j’ai posé la question : et est-ce que vous avez confiance en Dieu ? Les filles disent « oui en Dieu j’ai confiance ». On parle un peu de la prière, prière musulmane comme prière chrétienne. Une des deux musulmanes dit : « même si on a péché, si on a la foi, Dieu nous pardonne. Je leur dis « Dieu il croit en l’Homme, il aime tous les hommes, même si ils ne croient pas en Lui, quelle que soit la religion ou sans religion. Dieu a besoin de nous pour construire un monde meilleur… les jeunes acquiescent. » raconte Babeth, qui se réjouit de ce que les enfants s’expriment librement dans le club.

« Chercher tous les moyens de créer un club ! »

Toujours aussi motivée, Babeth Fourcade « cherche tous les moyens pour créer un club. » C’est ainsi qu’en 2018, un second club a vu le jour, cette fois ci à Gan, à quelques kilomètres de Pau. « On a ramé quelques temps avant que le club ne démarre… Il y a bien eu des démarches avec les assistantes sociales du CCAS, mais elles n’ont pas abouti. En septembre, Lisbeth – catéchiste, responsable et trésorière de l’ACE – et Claudine – qui avait accompagné un club dans son village avec ses deux petits enfants – participent au forum des associations et font connaitre l’ACE. De nouveaux enfants viennent ainsi compléter le club ». Les enfants qui avaient une expérience en club expliquent aux autres ce que c’est que l’ACE. C’est ainsi qu’est né le club des « supers héros » de Gan avec 9 enfants en 2018. « Ce nom de club leur fait réfléchir à ce que signifie être un super héros… Pour eux, c’est ne pas se moquer, ne pas rentrer dans les discriminations, etc. » raconte Babeth.

Une fête « Rencontre d’ici et d’ailleurs » donne naissance à un nouveau club ACE

Babeth Fourcade est aussi engagée au CCFD-Terre solidaire dans le collectif pour le respect du droit des étrangers. Elle accompagne ainsi des familles de migrants. « Nous avons proposé à André, curé de la paroisse, à la mission ouvrière et à la pastorale des migrants de faire une fête « Rencontre d’ici et d’ailleurs » le 13 janvier 2019.»

Le but était de permettre une rencontre multiculturelle avec les gens de la paroisse avec repas partagé et échange, chants, témoignages… L’après-midi, l’idée était de faire découvrir ce que propose l’ACE dans le but de faire naître un club. Et c’est effectivement ce qui s’est passé. Claudine propose un jeu d’ATD Quart monde. Les jeunes lycéens de la JOC ont participé. Les enfants ont parlé des discriminations qu’ils vivent à l’école : certains sont moqués parce qu’ils ne parlent pas bien français et d’autre parce qu’ils sont gros.

Nous avions pris les coordonnées des enfants auprès des parents et je suis allée les rencontrer en février pour inviter au premier club. Tout le monde a été très heureux de cette rencontre.

Accompagnée par M.J, d’origine haïtienne, Babeth a démarré le club avec six enfants : deux albanais, trois irakiens, et une jeune fille de Centre-Afrique. Le club se réunit un dimanche sur deux. « L’an passé, nous avons consacré un mois au défi de la solidarité. Chaque enfant a fait une histoire, une peinture… Ils ne connaissaient pas le mot solidarité alors qu’ils vivent des actes de solidarité entre eux dans les bons moments comme dans les difficiles comme les hospitalisations… Ils se sont donnés le nom « Club des meilleurs amis du monde » L’an passé, ils ont fait une sortie dans la nature, ramassé des papiers, joué dans l’eau, tiré du bois en vue de faire une cabane, fait des jeux…

Au club, les enfants font attention les uns aux autres

Un nouveau copain français est venu au club et ça lui a beaucoup plu. Désormais il vient à tous les clubs accompagné de sa maman car on lui a découvert la maladie des os en verre. Babeth s’émerveille de l’attention que les autres enfants lui portent : « Au cours d’un jeu, la plus jeune des filles découvre qu’il ne peut pas courir et dit : « j’ai compris on va marcher tous les deux ». Il a ainsi pu attraper le mouchoir dans ce jeu albanais façon jeu du béret. Les enfants font attention à lui et il prend bien sa place dans le club. Ces enfants sont à l’image du Royaume de Dieu ! Entre eux, ils vivent l’amour, le respect, le partage, l’entraide… Ils me donnent foi en Christ. Je crois fortement qu’ils sont levain dans la société et dans l’Église. »

« Le club, c’est leur affaire ! »

Ce à quoi Babeth est très attachée, c’est que le Club soit l’affaire des enfants. Les enfants font souvent des propositions. Par exemple, ce sont eux qui ont entrepris de faire quelque chose pour la Fête des mères. Une véritable amitié est née entre eux et ils ont de la joie à se retrouver. Tous les enfants du club ont été invités par la maman de l’une d’entre eux qui faisait son baptême et sa première communion. « Même un enfant qui n’est pas croyant est venu à la messe, par solidarité avec les autres ! A cette occasion, nous avons fabriqué, avec Marie-Jo, une écharpe avec le nom des enfants du caté, des membres de sa famille, un dessin de la Bible, la Croix et la colombe des défis de la solidarité que nous avions faits en club. »

Avec ces beaux témoignages, quand Babeth Fourcade nous dit que chaque rencontre de club est très riche, nous la croyons volontiers. A la fin de chaque club, elle note tout ! Babeth donne beaucoup, mais elle reçoit beaucoup en retour ! « J’ai 69 ans et l’ACE m’aide à me maintenir jeune et à continuer d’inventer !!! » conclut Babeth Fourcade.

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