Faire des choix éclairés au quotidien pour prendre soin du vivant, un engagement à la portée des enfants !

Le confinement a fait l’objet de nombreuses observations insolites sur la façon dont la nature tentait parfois de reprendre ses droits.
On sait d’ores et déjà que la période a eu un impact très positif sur l’environnement avec l’interruption de la plupart des transports en commun (et notamment aériens) et le coup d’arrêt à la consommation hors produits essentiels. Le jour de dépassement des ressources terrestres a même reculé de trois semaines ! Alors pas question d’en rester là : pour Hélène Le Téno, spécialiste des transitions écologiques et numériques, nous avons 20 ans pour changer le monde et offrir une vie meilleure aux enfants, et ça commence aujourd’hui. Un défi que les enfants de l’ACE, qui s’engagent pour un monde « meilleur qu’hier » ont déjà commencé à s’approprier !

Notre planète est victime de trois phénomènes qui menacent sa survie et représentent des enjeux essentiels pour l’avenir des plus jeunes. Le premier est aussi le mieux connu : le réchauffement climatique. On le perçoit de plus en plus et on imagine facilement ses conséquences pratiques sociales, sanitaires, agricoles et économiques, avec notamment la perturbation de tous les écosystèmes et les mouvements de population. Le deuxième, moins relayé par les médias, est l’effondrement de la biodiversité. En seulement 20 ans, 80 % des espèces d’oiseaux et d’insectes ont disparu en Europe. C’est l’épisode le plus massif d’extinction d’espèces depuis la disparition des dinosaures. Par exemple, très concrètement, il est désormais des terrains dans lesquels on ne trouve plus de vers de terre, essentiels pour aérer les sols et améliorer leur fertilité. Le troisième phénomène est celui de la contamination de notre environnement par les substances chimiques de synthèse aussi connues sous le nom de CMR (Cancérogènes, Mutagènes et Reprotoxiques) : micro-plastiques, pesticides et autres éléments chimiques qui perturbent fortement le fonctionnement de tous les êtres vivants, y compris l’homme.

Face à ce constat, il est néanmoins possible et indispensable de faire des choix éclairés au quotidien pour faire reculer ces menaces et s’adapter au monde de demain.

On ne peut plus s’en tenir aux écogestes ! Savoir fermer le robinet quand on se brosse les dents, c’est bien mais ça ne suffit plus. On a souvent tendance à se focaliser sur le problème des déchets et les possibilités de tri et de recyclage. Ce sont bien sûr des questions importantes mais il existe d’autres leviers essentiels sur lesquels nous pouvons nous appuyer pour offrir un meilleur avenir à nos enfants. Les plus jeunes doivent pouvoir se familiariser avec leur environnement direct pour expérimenter de manière concrète d’autres types de production : en visitant des fermes agro-écologiques, en participant à des cueillettes ou des dégustations pour apprécier les saveurs qu’offrent les fruits et légumes de saison, cultivés dans de bonnes conditions. Beaucoup de réseaux, comme celui des Fermes d’Avenir, se développent en France et facilitent ces rencontres. Bien-sûr, on peut observer la nature dans les parcs naturels ou les espaces protégés mais cela reste des lieux exceptionnels. Les enfants doivent prendre conscience que la nature peut et doit faire partie du réel de leur vie, de leur quotidien.

L’objectif est double.

Tout d’abord, leur permettre de s’intéresser au contenu de leurs assiettes et à la façon dont notre alimentation est produite. Leur faire comprendre en quoi cela fait toute la différence. Changer de mode de consommation est un engagement à leur portée. Je pense à cette entreprise familiale de Hautes-Pyrénées, Ballot Flurin, qui accueille régulièrement des groupes pour leur montrer les vertus de l’apiculture douce. Parce qu’il est possible de prélever du miel sans piller les abeilles. En Inde, les jaïns ont même fait du végétarisme et de la non-violence envers les animaux un pilier de leur religion. Ça veut dire par exemple qu’on ne prélève pas tout le lait de la vache pour en laisser au veau. Cette détermination à ne prendre qu’une juste part de toute chose dans la nature peut s’appliquer dans tous nos choix. C’est une question de bon sens ! Ensuite, le deuxième objectif consiste à faire découvrir aux enfants et aux ados d’autres métiers qui n’alimentent pas un système nocif, des métiers qui préparent l’avenir, leur avenir. Avec le confinement, on a beaucoup mis en lumière les professions médicales mais un peu moins les professions agricoles qui participent elles aussi grandement à prendre soin du vivant. Si les enfants n’ont pas eu l’occasion de les découvrir, comment pourront-ils y penser à l’heure des choix d’orientation ? Il nous appartient de leur faire connaitre ces métiers compatibles avec le souci du vivant, Dans les filières de l’agriculture, de l’agro-écologie, du bois, et tant d’autres, on a conscience de l’équilibre nécessaire entre les espèces et leur milieu.

Nous, adultes, devons leur transmettre, par une pédagogie active et en particulier par le jeu, ces notions.

Pour les ados, certains sujets du quotidien sont particulièrement porteurs et marquants. Premier sujet essentiel : les vêtements. D’où viennent-ils ? Qui les fabrique ? Dans quelles conditions ? Il existe des applications qui notent les performances sociales et écologiques des marques, telle Clear Fashion. La mini-série How things made met en lumière la façon dont les choses qui nous entourent sont produites, chose que les ados d’aujourd’hui ont tendance à ignorer. Ce sont d’excellents supports de sensibilisation. [NdlR : le CCFD-Terre Solidaire propose également de nombreux outils d’animation dans ce registre, à commencer par son tout nouveau magazine d’informations sur la solidarité internationale et l’agro-écologie à destination des ados ]. Second sujet : le numérique, au cœur de leurs vies d’ados. La plupart n’ont absolument pas conscience de l’impact écologique du numérique et de l’utilisation massive de la vidéo qui consomme des quantités infinies de ressources liées à l’alimentation en électricité et au stockage. Parce qu’au final, leur donner la possibilité de choisir ce qu’ils mettent dans leur assiette ou dans leur armoire et un métier respectueux du vivant, c’est aussi les rendre plus acteurs de l’avenir de la planète !

Hélène Le Téno
L'écologie, un modèle de société ?

Hélène Le Téno est ingénieure (diplômée de l’École nationale des Ponts et chaussées), spécialiste des transitions écologiques et numériques, précédemment directrice de GROUPE SOS Transition Écologique. Elle est actuellement directrice des opérations du fonds de dotation Jean-Noël Thorel Foundation et est l’auteure de plusieurs ouvrages sur la transition écologique dont le plus récent est L’écologie, un modèle de société ? paru en 2020.

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