Savoir être seul (et sans écrans !) sans s’ennuyer

L’omniprésence des écrans dans nos vies d’aujourd’hui nous fait oublier qu’il est encore possible et même souhaitable de s’ennuyer. En effet, l’ennui présente de nombreux bienfaits pour l’éducation des enfants : stimuler l’imagination et donc la créativité, donner le désir de se connaître soi-même et surtout favoriser le développement de sa vie intérieure à travers la réflexion, l’imagination et même la lecture.

Petit garçon à lunettes pensif

Face à l’ennui, amener l’enfant à nourrir son esprit

Bien des petits ou grands enfants sauront trouver une grande personne pour lui dire qu’ils s’ennuient. Alors que faire ? La tentation est grande de leur proposer de regarder un dessin animé. Pourtant, il serait intéressant de les laisser trouver leur propre remède à l’ennui. Comment un enfant avec un programme chargé en activités stimulantes pourrait-il avoir le loisir de réfléchir, de créer, de trouver par lui-même une occupation qui le nourrisse et dans laquelle il soit plus actif que passif ?

Savoir être seul sans s’ennuyer

L’ennui dit quelque chose du rapport à soi, de la capacité à vivre avec soi-même. Selon Alain Bouregba, psychologue et psychanalyste, « ce n’est pas s’ennuyer qui est important, c’est savoir être seul sans s’ennuyer. (…) L’ennui est une difficulté de contact à soi. Les gens, adultes ou enfants, qui se précipitent dans l’action, dans l’agir ont des difficultés d’être en contact avec eux-mêmes. (…) Et celui qui est à l’aise avec lui-même ne s’ennuie pas. » Que l’enfant soit « bien dans ses pompes », est un vrai objectif pour les parents comme pour tous les éducateurs. « Ce qui est important c’est d’amener l’enfant à supporter la solitude, l’aider à la rêverie pour le protéger de l’ennui. » ajoute le psychologue pour qui l’imagination est une réponse. Aider les enfants à supporter l’ennui, et à en faire quelque chose de fécond pour leur vie intérieure, peut passer par une simplification des occupations et une sobriété en matière d’activités. L’ennui est également un passage obligé pour que l’enfant prenne de lui-même l’initiative d’une activité, que ce soit lui qui cherche à faire quelque chose plutôt qu’on le lui donne à faire.

L’ennui pour apprendre à attendre

Selon le pédagogue Philippe Meirieu, « le développement de la pensée passe par la capacité à surseoir l’impulsion immédiate, à s’interroger sur la légitimité de ses désirs et à renoncer au “tout-tout de suite”. » La vie donne de nombreuses occasions de devoir attendre : attendre chez le médecin, attendre des résultats d’examen, attendre de guérir d’une maladie, attendre de faire une rencontre amoureuse… Sans désir ni attente, il n’y a pas de réelle satisfaction, et donc de réelle joie.

Petite fille calme assise en pleine nature

Sans une importance donnée à la vie intérieure, serait-il possible de créer ?

L’ennui peut faire place tant au mal-être et à l’angoisse qu’au repos ou même à la créativité. Parmi les grands artistes et les créateurs exceptionnels se trouveront souvent des personnes romantiques en quête d’amour absolu, comme Beethoven ou encore de grands créateurs de mode : Yves Saint Laurent, John Galliano… La grande insatisfaction que leur réserve leur humanité est le lieu d’une grande créativité, d’une grande imagination. L’ennui et le désir insatisfait peuvent être de vrais moteurs pour rendre leur vie intérieure fructueuse, d’autant plus que ces créateurs auront acquis des compétences techniques certaines.

L’ennui pour amener au désir de se connaître soi-même

L’enfant qui se connaît lui-même, qui connaît ses goûts, les activités qui le nourrissent, ses intelligences multiples préférentielles… saura mieux vaincre l’ennui qu’un autre. Certaines préfèreront lire, d’autres préféreront chanter, d’autres encore se promener ou faire du vélo. Il est également intéressant de savoir si l’on est plutôt intraverti ou plutôt extraverti. Si l’on est intraverti, on se nourrira davantage de sa vie intérieure. L’enfant qui est davantage extraverti a un grand besoin de relations. Pour lui, s’occuper seul sera plus difficile.

La vie intérieure : un indispensable pour être une personne profonde

Si l’on demande aux adolescents s’ils ont envie qu’on les qualifie de superficiels, que répondront-ils ? Ce n’est probablement pas ce dont ils ont envie. Quel est le contraire de superficiel ? C’est être un garçon ou une fille profonde. Or qui dit profondeur dit vie intérieure. Plutôt que de rester en surface, la vie intérieure permet de creuser la profondeur de la personne. La vie intérieure, c’est ce qui se passe en soi quand il ne se passe rien au dehors de soi.

La vie intérieure, lieu d’une véritable relation à Dieu

L’ennui et la vie intérieure ont fait couler l’encre de nombreux auteurs chrétiens. « Le moyen de ne jamais s’ennuyer, c’est d’avoir une vie intérieure » écrivait le philosophe Paul Claudel. Nous avons écrit plus haut que la vie intérieure peut être source de créativité. Croire en un Dieu créateur, c’est croire qu’Il est la source de toute créativité. Quand on se connecte à soi-même, à ce que l’on est profondément, c’est à Dieu qu’on se connecte, et on puise alors à la source de la Création. Un moine trappiste est même allé jusqu’à écrire :

 L’ennui est une condition de la vie intérieure.

En 1947, alors que ni ordinateurs ni tablettes n’existaient encore, Georges Bernanos, un autre auteur chrétien, affirmait :

On ne comprend absolument rien à la civilisation moderne si l’on n’admet pas d’abord qu’elle est une conspiration universelle contre toute espèce de vie intérieure.

Pour que le monde entier vive en paix, encourageons les enfants à cultiver leur vie intérieure et à rendre leurs moments d’ennui féconds !

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