Préparer la réflexion des enfants pour demain

Cet article reprend en partie l’intervention de Dominique Mazin-Prieur, psychologue et psychanalyste, donnée en 2019 lors d’une formation ACE sur l’écoute et la prise en compte de la parole des enfants. Voici de précieux repères et conseils pour nous mettre encore plus à leur hauteur, pour un épanouissement sain et respectueux des enfants.

Le respect engendre le respect…

Bien des gens en sont venus à croire que l’humain naissait avec un certain irrespect, ou un étrange désir de destruction, que ce soit envers l’autre ou son environnement. Débarrassons-nous de ces croyances. Il n’est pas nécessaire de formater l’enfant dès le plus jeune âge.

L’autonomie prend racine dans l’attachement, c’est à dire dans les premières relations de l’enfant. L’observation nous montre que l’enfant respecté conserve son élan naturel de respect de l’Autre et de son environnement. Plutôt que de faire taire les dispositions spontanées de l’enfant pour ensuite lui enseigner à reprendre cette attitude qu’il avait au départ, il s’agit de lui permettre de conserver et de développer sa disposition spontanée.

Avons-nous vraiment quelque chose à apprendre à l’enfant ? Les messages les mieux entendus, les plus clairs, passent par l’exemple. Le respect engendre le respect.

Où en sont les enfants aujourd’hui ?

Ils sont surinformés. Réellement. Ils entendent tout, enregistrent tout. Notre rôle va être de les aider à faire le tri dans les informations, à effectuer une saine digestion de tout ce qu’ils ingurgitent. Les propos des enfants donnent souvent à croire qu’ils ont une réelle conscience de tel ou tel sujet, qu’ils sont plus matures que les enfants des générations précédentes. En réalité les informations les dépassent, elles sont comme virtuelles.

De nombreuses notions ne leur parlent pas :

Avant 8 ans, l’enfant vit l’instant présent. Son monde se limite à son environnement immédiat. Il est inutile de vouloir élargir sa conscience du monde, de ses habitants et de la planète.

La notion de changement n’a pas de sens. Pour un enfant tout est nouveau, tout est original. Il est en devenir, en changement permanent, c’est sa norme. Nous risquons par des propos maladroits et des propositions concrètes inadaptées voire en contradiction avec nos propos de le culpabiliser et de générer des angoisses…

La notion de danger est à bannir. Pour se développer il a besoin de sécurité. Ses parents et les adultes sont là pour éviter tout risque, tout danger, il doit se sentir protégé.

Respectons leur développement

La prise de conscience de l’enfant se développe petit à petit. Les enfants ont du mal à exprimer une réelle opinion. En général, avant 6 ans, l’enfant cherche à faire plaisir, il calque son avis et ses pensées sur celles de l’adulte dont il veut se faire aimer.

Le temps d’élaboration de sa pensée n’est pas du tout identique au nôtre. Il est plus spontané, plus intuitif. Nos avis sont empreints d’expérience, de culture, d’échanges. Ceux de l’enfant aussi, mais ses expériences sont moindres, et surtout : il n’a pas de recul ! C’est pourquoi il ne faut jamais s’arrêter sur une parole d’enfant sans l’avoir explorée. Par exemple il dira : « je n’aime pas les légumes ». Demandons-lui alors ce qu’est un légume pour lui. Les réponses peuvent nous surprendre.

Écoutons l’enfant.


à partir de 6 ans

il commence à développer des idées, il pose beaucoup de questions. En fonction de son vécu, de ses expériences, il commence à avoir un point de vue. Point de vue partiel, incomplet, imprégné des opinions de son entourage.
La prise de conscience que les autres vivent des choses différentes le surprend, il l’accepte et l’intègre comme étant naturel. Tout est ” normal ” puisque ça existe. Il prend conscience de l’Autre, au sens où il comprend que l’Autre a aussi des désirs, des envies parfois contradictoires avec les siennes. La notion de ” partage ” ou de ” chacun son tour ” prend racine.
Il peut commencer à intégrer que la planète est limitée et fragile, et que les Autres en font partie.

Après 8 ans

l’enfant se forge une opinion et veut agir. Sa pensée est déjà plus claire, il a acquis des connaissances, il est moins égocentrique. Sur les sujets d’actualité ou à la mode, ce qu’en disent les enfants expriment encore nettement ce qu’ils entendent, qui est parfois « politiquement correct ».
Au fur et à mesure de sa prise de conscience et de l’éducation qu’il reçoit en famille ou à l’école, il a envie d’agir, et tout de suite.

Après 12 ans

le jeune a la capacité de gérer les informations venues d’ailleurs et de les confronter à ses expériences propres.
Il a acquis quelques habitudes, il peut entendre parler de changement. Son opinion devient plus personnelle. Encore faut-il là aussi lui donner du temps et encourager les échanges avec les jeunes du même âge.
Il a alors besoin de s’impliquer concrètement, sur le terrain.

Comment accompagner les enfants et les encourager dans leurs découvertes ?

> Toujours partir du vécu de l’enfant

Il convient donc de retourner à SA réalité, et, dans ce but, se mettre à l’écoute de son vécu. Un jeune m’a dit un jour : « je n’ai compris ce que voulait dire pollution que quand j’ai vu un tas de gravats dans la forêt. Avant, pour moi ce n’était qu’un mot vide. »  Cet exemple est bien typique. Un enfant n’intègre que ce qu’il vit. Ainsi soyons aussi attentifs au milieu de vie : en ville, en milieu rural… les expériences seront différentes.

> Adopter une posture d’écoute, et de confiance.

Ce que l’enfant dit, est toujours juste : c’est sa vérité, elle correspond à son vécu, à un temps donné, mêlé des jugements de valeur entendus ici ou là. L’essentiel est donc de l’écouter, de recueillir ses paroles et de l’aider à les développer pour comprendre d’où ses idées lui viennent. Inutile de chercher à « récolter » ses pensées. Sur demande il ne donnera que ce que l’adulte attend. Inutile aussi de tenter de lui enseigner de grands préceptes : il va les découvrir seul petit à petit. Ce dont il manque c’est d’expériences, de vécu. Là encore, la notion de temps est essentielle. En grandissant, ses idées s’élaborent, ses envies d’agir aussi, il a alors besoin qu’on l’aide à les réaliser.

Conclusion

Respectons la nature et les étapes du développement de l’enfant, sans rien détruire, si possible…


Psychologue et psychanalyste de formation, Dominique Mazin-Prieur a consacré toute sa carrière aux enfants. Elle a exercé plusieurs années dans divers établissements spécialisés auprès d’enfants porteurs de handicaps, et 30 ans au sein du service pédiatrique d’un hôpital auprès d’enfants de tous âges : du prématuré au jeune de 18 ans. Actuellement à la retraite, elle continue cependant à accompagner des enfants et des familles dans son cabinet de Veneux-les-Sablons.

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