Préparer la réflexion des enfants pour demain

Avec la prise de conscience de l’urgence de la sauvegarde de notre maison-planète, nous aimerions y faire participer les enfants. Peut-être pour leur faire gagner du temps, nous souhaiterions leur transmettre nos enthousiasmes face aux changements que nous initions. Comment s’y prendre ?

Idée fausse…

Bien des gens en sont venus à croire que l’humain naissait avec un certain irrespect, ou un étrange désir de destruction, que ce soit envers l’autre ou son environnement. Débarrassons-nous de ces croyances. Il n’est pas nécessaire de formater l’enfant dès le plus jeune âge pour qu’il fasse, plus tard, des choix qui vont dans le sens de la préservation de la nature. Au contraire

Le respect : d’où vient-il ?

L’autonomie prend racine dans l’attachement, c’est à dire dans les premières relations de l’enfant. L’observation nous montre que l’enfant respecté conserve son élan naturel de respect de l’Autre et de son environnement. Plutôt que de faire taire les dispositions spontanées de l’enfant pour ensuite lui enseigner à reprendre cette attitude qu’il avait au départ, il s’agit de lui permettre de conserver et de développer sa disposition spontanée.

L’écologie c’est ” vivre avec ”, c’est par ce respect qu’il va s’habituer à vivre avec l’air, l’eau, le végétal, l’animal et finalement l’Humain.

Avons-nous vraiment quelque chose à apprendre à l’enfant ? Les messages les mieux entendus, les plus clairs, passent par l’exemple. Le respect engendre le respect.

Où en est l’enfant aujourd’hui ?

Malgré d’importants progrès dans l’éducation, les enfants aujourd’hui sont déjà éloignés de leur nature profonde.

Ils sont surinformés. Réellement. Ils entendent tout, enregistrent tout. A l’école, l’écologie est largement abordée.

Notre rôle dans ce domaine va être de l’aider à faire le tri, à effectuer une saine digestion de tout ce qu’il ingurgite. Ses propos donnent souvent à croire qu’il a une réelle conscience de l’écologie, qu’il est plus mature que les générations précédentes. En réalité les informations le dépassent, elles sont comme virtuelles.

De nombreuses notions ne lui parlent pas :

– Avant 8 ans, l’enfant vit l’instant présent. Son monde se limite à son environnement immédiat. Il est inutile de vouloir élargir sa conscience du monde, de la planète.

– La notion de changement n’a pas de sens. Pour lui tout est nouveau, tout est original. Il est en devenir, en changement permanent, c’est sa norme. Que comprend-il au changement climatique ?

– Vie plus saine ? Que peut entendre un enfant dans cette notion de vie plus saine ? Cela sous-entendrait que sa vie est malsaine, ce qu’il ne peut admettre puisqu’il ne connaît que celle-là. Comment lui faire accepter qu’il faut boire moins de sodas quand il y en a dans le réfrigérateur familial ? On risque surtout de la culpabiliser et de générer des angoisses.

– La notion de danger est à bannir. Pour se développer il a besoin de sécurité. Ses parents et les adultes sont là pour éviter tout risque, tout danger, il doit se sentir protégé. Pour lui, la planète en danger est un sujet d’angoisse.

Respectons son développement

La prise de conscience de l’enfant se développe petit à petit. Les enfants ont du mal à exprimer une réelle opinion. En général, avant 6 ans, l’enfant cherche à faire plaisir, il calque son avis et ses pensées sur celles de l’adulte dont il veut se faire aimer.

Le temps d’élaboration de sa pensée n’est pas du tout identique au nôtre. Il est plus spontané, plus intuitif. Nos avis sont emprunts d’expérience, de culture, d’échanges. L’enfant aussi, mais ses expériences sont moindres, et surtout il n’a pas de recul.

C’est pourquoi il ne faut jamais s’arrêter sur une parole d’enfant sans l’avoir explorée. Par exemple il dira : « je n’aime pas les légumes ». Demandons-lui ce qu’est un légume pour lui ? Les réponses peuvent surprendre.

Écoutons l’enfant.

À partir de 6 ans, il commence à développer des idées, il pose beaucoup de questions. En fonction de son vécu, de ses expériences, il commence à avoir un point de vue. Point de vue partiel, incomplet, imprégné des opinions de son entourage.
La prise de conscience que les autres vivent des choses différentes le surprend, il l’accepte et l’intègre comme étant naturel. Tout est ” normal ” puisque ça existe. Il prend conscience de l’Autre, au sens où il comprend que l’Autre a aussi des désirs, des envies parfois contradictoires avec les siennes. La notion de ” partage ” ou de ” chacun son tour ” prend racine.
Il peut commencer à intégrer que la planète est limitée et fragile, et que les Autres en font partie.

Après 8 ans, il se forge une opinion et veut agir. Sa pensée est déjà plus claire, l’enfant a acquis des connaissances, il est moins égocentrique.
Sur les sujets à la mode, comme la nourriture, ce qu’en disent les enfants expriment encore nettement ce qu’ils entendent, ce qui est en ce moment politiquement correct. (5 fruits et légumes par jour par exemple).
Au fur et à mesure de sa prise de conscience, et de l’éducation qu’il reçoit en famille ou à l’école, il a envie d’agir, et tout de suite.

Après 12 ans, le jeune a la capacité de gérer les informations venues d’ailleurs et de les confronter à ses expériences propres.
Il a acquis quelques habitudes, il peut entendre parler de changement. Son opinion devient plus personnelle. Encore faut-il là aussi lui donner du temps et encourager les échanges avec les jeunes du même âge.
Il a alors besoin de s’impliquer concrètement, sur le terrain.

Comment accompagner les enfants et les encourager dans leurs découvertes ?

> Toujours partir du vécu de l’enfant

Il convient donc de retourner à SA réalité, et dans ce but se mettre à l’écoute de son vécu. Un jeune m’a dit un jour : « je n’ai compris ce que voulait dire pollution que quand j’ai vu un tas de gravats dans la forêt. Avant, pour moi ce n’était qu’un mot vide. » Cet exemple est bien typique. Un enfant n’intègre que ce qu’il vit.

Que veut dire pour un citadin l’idée de manger des ” légumes de saison ” quand il mange essentiellement des produits transformés ?

L’enfant vivant en milieu rural est naturellement beaucoup plus éveillé aux problèmes de qualité, de goût, de travail de l’agriculture par exemple.

> Adopter une posture d’écoute, et de confiance.

Ce que l’enfant dit, est toujours juste : c’est SA vérité, elle correspond à son vécu, à un temps donné, mêlé des jugements de valeur entendus ici ou là.

L’essentiel est donc de l’écouter, de recueillir ses paroles et de l’aider à les développer pour comprendre d’où ses idées lui viennent.

Inutile de chercher à ” récolter ” ses pensées. Sur demande il ne donnera que ce que l’adulte attend. Inutile de tenter de lui enseigner de grands préceptes : il va les découvrir seul petit à petit.

Ce dont il manque c’est d’expériences, de vécu comme regarder les papillons ou les fourmis, construire de vrais barrages avec un arrosoir et trois cailloux, et de constater à l’occasion aussi ce qui est dégradé. En grandissant, ses idées s’élaborent, ses envies d’agir aussi, et il a alors besoin qu’on l’aide à les réaliser.

Conclusion

Nous souhaitons redécouvrir le respect de notre environnement, nous espérons ne plus le détruire, il en est de même de notre attitude envers l’enfant : respectons sa nature et les étapes de son développement, sans rien détruire, si possible…


Psychologue et psychanalyste de formation, Dominique Mazin-Prieur a consacré toute sa carrière aux enfants. Elle a exercé plusieurs années dans divers établissements spécialisés auprès d’enfants porteurs de handicaps, et 30 ans au sein du service pédiatrique d’un hôpital auprès d’enfants de tous âges : du prématuré au jeune de 18 ans. Actuellement à la retraite, elle continue cependant à accompagner des enfants et des familles dans son cabinet de Veneux-les-Sablons.

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