Merci Blanche !

« Une porte nouvelle s’est ouverte, je suis appelée à marcher sur un nouveau chemin. Ma vie, façonnée par des manques et des épreuves, mais aussi par bien des relations de fraternité, est ainsi faite qu’une soif de don aux autres est entrée en moi. »

Parce que nous avons tous dans nos vies des ouvrières de fraternité qui nous mettent en lien les uns avec les autres et avec Dieu, nous avons souhaité rendre hommage à sœur Blanche Legendre, décédée le 3 novembre 2020, à l’âge de 92 ans, dont 69 années de consécration religieuse mises en grande partie au service de l’ACE. Un vrai mode d’emploi de la vaillance !


La semaine dernière, nous avons eu la tristesse d’apprendre la mort brutale, malgré son grand âge, de Blanche Legendre, une religieuse de la communauté des Filles de la Charité du Sacré-Cœur de Jésus. À 92 ans, Blanche était en parfaite santé si l’on fait exception de cette petite coquetterie à l’aorte qui l’a contrainte à se soumettre à l’opération qui lui a été fatale. 92 années consacrées à Dieu mais surtout aux autres…

Considérer les laïcs à part entière

Son premier club d’Âmes Vaillantes, elle le fonde en 1944 à Saint-Sauveur-de-Givre-en-Mai où elle occupe son tout premier poste d’institutrice. Au fil des années, Blanche crée d’autres clubs, non seulement avec des enfants de l’école mais aussi avec des enfants de tout le quartier et des autres écoles. Plus tard elle est appelée comme religieuse « fédérale » de la branche Enseignement de l’ACE qui existait alors, c’est-à-dire porte-parole des autres accompagnateurs de clubs en milieu scolaire. Elle écrit alors : « J’entrais de plus en plus dans cette démarche de l’Action catholique, commencée à Saint-Sauveur. La vie du secteur avec laïcs et prêtres était animée, et notre collaboration dynamique, car les laïcs étaient considérés à part entière. ».

Répondre oui à l’appel des enfants

En 1971, répondant à l’appel conciliaire d’Ad Gentes à un aggiornamento de leur présence au monde, Blanche et trois de ses sœurs s’installent dans une cité nantaise et troquent leur tablier d’institutrices pour celui de métiers en proximité avec les plus exploités. Un choix souvent mal compris dans l’Église de l’époque et même dans sa propre communauté ! À Limoges dans les années 1980, elle continue à fonder : « Je peux témoigner d’une nouvelle naissance, celle de clubs ACE dans cette cité avec ces laïcs : Rosa-Laure, Marie-Hélène, Claude, Marie, Marie-Claire et bien d’autres noms que j’ai laissés sombrer dans ma mémoire. Ils ont répondu oui à l’appel des enfants. Je ne puis revisionner tout le film des moments enthousiasmants et constructifs vécus par les enfants et les responsables. Aujourd’hui encore, je suis témoin de leur chemin parcouru depuis cette vie en club. » Arrivée dans les Hauts-de-Seine, elle reçoit une fois encore une lettre de mission centrée sur la fondation des mouvements ACE et JOC, en particulier pour les jeunes de milieu populaire. Là encore et jusqu’à la fin, elle enfantera année après année de groupes de partages d’enfants et d’adolescents qui en seront marqués et grandis.

Se faire passerelle

Il faut dire que Blanche était connue pour être en ébullition permanente. Des vapeurs de son agitation naissaient ici et là des équipes de révision de vie, des livres de témoignage, des rencontres de couples, des équipes JOC ou des clubs ACE. En fait, plus que de prendre des responsabilités dans tel ou tel lieu de vie ou d’Eglise, Blanche avait plutôt à cœur d’être une passerelle vers les mouvements, vers les propositions d’Eglise ou vers les engagements. Elle savait placer dans toute conversation une petite invitation, une suggestion de lecture ou d’agir tourné vers les autres. Elle savait repérer dans chacun de nous la petite flamme prête à briller bien fort si on l’expose correctement.

Si la mort de Blanche nous a ainsi frappés, c’est parce qu’après tout, elle nous semblait un peu immortelle. Elle faisait partie de notre paysage et elle le fait toujours. D’ailleurs, vous aussi vous devez la connaître, cette petite femme discrète, bien ajustée, qui connait à peu près tout le monde par son nom et son histoire, n’hésite pas à interpeller mais reste au fond dans les rencontres auxquelles se rendent les gens à qui elle a patiemment passé quelques dizaines de coups de fil, SMS, et mails, sans compter son temps. Elle vous a peut-être même appelé il y a quelques années et a peut-être même dit quelque chose qui vous a intrigué, marqué, poussé quelque part.
Cette Blanche, vous l’appelez peut-être Colette, Marie-Thé, Babeth, Monique ou Bernadette. Elles sont nombreuses et sillonnent nos parcours de vie et de foi pour peu qu’on sache les reconnaître. Elles ne sont pas toutes jeunes mais elles incarnent magnifiquement ce que nous appelons vaillance à l’ACE. Le courage de faire de grands miracles à travers mille petits gestes et attentions du quotidien, année après année. Alors si vous les croisez aujourd’hui ou demain, sachez les reconnaitre et surtout, n’attendez pas pour leur dire MERCI.

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