« Évangéliser les profondeurs » à travers l’éducation

Parmi les grands éducateurs chrétiens, il y a la figure de saint Jean Bosco (1815-1888). Canonisé par l’Eglise en 1934, ce saint italien est donné comme modèle aux éducateurs. Frère Benjamin Dewitte, salésien de Don Bosco actuellement directeur d’un collège dans l’Orne, nous en dit davantage sur la personnalité de ce saint et l’inspiration qu’il a laissé aux religieux de sa congrégation comme à tous ceux qui veulent faire grandir la jeunesse.

A.C.E : Le pape François écrit dans Christus Vivit que « chaque saint est une mission ». Qui est Don Bosco ? Quelle était sa « mission » ?

Frère Benjamin Dewitte : « Don Bosco est un éducateur de l’Éternité ! Ses parents étaient des paysans pauvres du nord de l’Italie et son père est mort alors qu’il n’était âgé que de deux ans. Ils étaient trois garçons, et tous les trois ont travaillé très tôt. Le petit Jean était doté d’une grande mémoire et d’une belle intelligence. La figure de don Bosco intéresse aujourd’hui de nombreuses personnes qui ont soif d’un renouveau de l’école chrétienne.

Ce qui résume la vie de ce saint italien, c’est la soif des âmes ! Il y avait pour lui une urgence à sauver les âmes : on n’est pas sur Terre pour chômer ! Ordonné prêtre en 1841, il voit bien dans quelles situations d’esclavage les enfants vivent à l’époque, notamment la jeunesse abandonnée de Turin. Certains sont exploités dans les rues quand d’autres survivent en volant… Il a beaucoup œuvré auprès des enfants. La première chose, pour lui, c’était de sortir et de protéger les enfants de ces situations misérables ainsi que de les former. Qu’ils apprennent à faire des choses, deviennent d’honnêtes citoyens et de bons chrétiens… »

A.C.E : Quel « héritage » Don Bosco a-t-il laissé en matière d’éducation ?

Frère Benjamin : « Gaston Courtois connaissait bien Don Bosco sur lequel il a écrit « Belles histoires belles vies ». Il en a tiré beaucoup de choses pour la pédagogie des Cœurs vaillants. Don Bosco n’a rien fait d’autre que de traduire et de vivre les principes de l’Évangile dans l’éducation, mais il l’a bien fait ! Il cherchait à donner une éducation intégrale finement articulée entre le spirituel et la vie pratique. L’intention de Don Bosco de gagner des âmes à Dieu n’allait pas sans un grand sens pratique ! Il cherchait à évangéliser les personnes en profondeur par le moyen de l’éducation. Il s’agissait pour lui d’évangéliser en éduquant et d’éduquer en évangélisant. Quand on vise le bien éternel des âmes, quand on vise Dieu dans notre relation éducative, cela change tout et donne une hauteur qui rend le travail d’éducateur plus pertinent, plus efficace et finalement plus incarné. Don Bosco disait lui-même que les jeunes savaient très bien qui avait vraiment souci de leurs âmes.

Don Bosco était doté de grandes capacités de communication ! Il mettait du zèle à aller à la rencontre des gens et se faisait accueillir facilement. C’était également un prêtre qui ne pouvait prêcher sans parler de la prière. Dans cette continuité, l’œuvre salésienne se résume aujourd’hui en quatre choses : une maison, une école, une cour de récréation et une chapelle. A l’école, on s’instruit ; à la maison, on cultive l’esprit de famille et le sens de la responsabilité ; dans la cour de récréation : on s’amuse dans la joie, on fait la fête, des jeux… Enfin, dans la chapelle, on rencontre Dieu ! Les Salésiens s’appuient également sur le triptyque « religion, raison, affection ». La raison, c’est la conviction qu’un jeune a un cerveau, il ne faut pas faire comme s’il était un animal qu’il fallait dresser.  Don Bosco accordait de l’importance à la liberté du jeune, à son intelligence et à l’affection que l’on pouvait lui accorder. Tout cela était très novateur, surtout l’affection à une époque où il y avait une grande distance entre les adultes et les jeunes, et surtout entre les prêtres et les jeunes. Sans rien enlever de la dignité du prêtre, celui-ci pouvait se rendre plus proche des jeunes, donner une affection paternelle et même partager une amitié. C’était son côté chaleureux à l’italienne ! Donner de l’affection, c’est une chose très délicate, mais ce serait dommage d’y renoncer.

Quant à la chapelle, il n’y a aucune éducation véritable qui ne s’occupe de la vie spirituelle. Dans le livre « Don Bosco avec Dieu » de don Ceria, on y lit combien il était touché par la misère des hommes autant que par la Miséricorde de Dieu. Sa grande union à Dieu se manifestait souvent dans les larmes :

Étant donné la maîtrise de soi qui est le propre des natures volontaires, comment se fait-il que l’on ait vu assez souvent Don Bosco pleurer ? Il pleurait tantôt en célébrant la messe, tantôt en distribuant la communion, ou simplement en bénissant le peuple à la fin de la messe. Il pleurait en pensant à ses enfants après la prière du soir (…) Il pleurait (…) en exprimant ses craintes pour le salut éternel de quelqu’un.

A.C.E : Où sont les Salésiens aujourd’hui ? Quelles sont leurs missions ?

Fr. Benjamin : « Les Salésiens sont présents dans environ 140 pays. En Asie et en Amérique du Sud, ils sont une des communautés les plus en expansion. Il y a environ entre 300 à 400 nouveaux novices par an. Partout nous développons des écoles, souvent professionnelles car on y retrouve souvent la jeunesse défavorisée ou « jeunesse abandonnée » selon l’expression de Don Bosco. Il y a aussi les œuvres sociales à destination des migrants. En troisième lieu, ce sont les paroisses qui sont confiées à des Salésiens. Il y a une quatrième mission, ce sont les communications sociales dans les médias. Le témoignage donné par la chorale multiconfessionnelle Cap Cœur en est un exemple. »

A.C.E : Les Salésiens s’adressent-ils à des enfants qui ne sont pas de familles chrétiennes ? Comment voient-ils les choses ?

Fr. Benjamin : « L’ouverture à la dimension religieuse est une forme d’évangélisation, un premier pas. Il est toujours intéressant de leur faire redécouvrir certains aspects de leur propre religion. Par exemple, la miséricorde est un mot important dans le christianisme comme en Islam. Quand on sait bien le traduire, on peut rejoindre tout un chacun. J’ai vu des enfants musulmans découvrir ou redécouvrir cette notion.

Lorsque j’étais à Argenteuil, l’Esprit Saint m’a poussé à créer la chorale Cap cœur. C’était dans la foulée des attentats de novembre 2015. Plusieurs enfants de la paroisse, des écoles et de l’œuvre sociale, de prévention de la délinquance du Valdocco et des Scouts ont souhaité chanter ensemble et témoigner de la joie qu’ils vivaient. Cap Cœur s’est fait connaître sur des plateaux télé. Ce n’était pas tout que ces enfants chantent ensemble, ils voulaient être témoins d’un message. Cette démarche a été visitée par le Saint Esprit et je me suis laissé bousculer… Vivre cette expérience de communion m’a fait beaucoup grandir. Après Argenteuil et Marseille, une nouvelle chorale Cap Cœur est née à Giel il y a quelques mois. »

Voir le Teasing du documentaire France 2 de 26 minutes.

Les Salésiens en faveur d’une éducation préventive.   

Mieux vaut prévenir que guérir ! C’est le proverbe qui guide les Salésiens dans leur façon d’éduquer. Faire de la prévention, c’est être présent aux côtés des jeunes, créer une relation de profonde estime ou confiance et, lorsque c’est nécessaire, les reprendre avec douceur et fermeté. Mais la prévention réside ne réside pas seulement dans la qualité de la relation éducative mais aussi dans l’ambiance générale que l’on construit. Il s’agit de créer une atmosphère, un climat qui dissuade le jeune de mal se comporter, de devenir mauvais et surtout le pousse à donner le meilleur de lui-même.

Trois éléments dans cette pédagogie : la raison – la religion – l’affection.

La raison : L’éducateur salésien est convaincu et confiant en l’intelligence du jeune. Il la prend vraiment en compte et évite toute relation infantilisante.

La religion est le cadre spirituel dans lequel le jeune trouve des réponses aux grandes questions qu’il se pose sur sa vie. Il s’agit de favoriser la rencontre avec Dieu. Le message chrétien propose un chemin qui transcende les échecs personnels et invite le jeune à se conduire dans la vie quotidienne selon une éthique conforme à celle de l’Evangile.

L’affection, qui s’établit dans une juste proximité entre le jeune et l’éducateur. Elle est aussi celui d’un esprit de famille propice à faire grandir.

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