Gilles Rebêche : “il faut résister à cette logique de l’indifférence en devenant des sentinelles de l’Esperance”

Gilles Rebêche
Gilles Rebêche

Gilles Rebêche est diacre. Il a créé avec son évêque la Diaconie du Var, un réseau collaboratif d’associations et de services diocésains qui interviennent dans les domaines de la santé, du logement, de l’animation des quartiers, de l’économie solidaire, de la culture, et de l’accompagnement des familles en deuil. Il est également l’auteur de plusieurs ouvrages parus aux éditions de l’Atelier : Qui es-tu pour m’empêcher de mourir, Tu as dressé devant moi une table, Tu as ouvert devant moi un passage et Sur les chemins du serviteur.

Quelle est ton histoire personnelle avec ATD-Quart monde et comment a-t-elle imprégné ton parcours ?

J’ai découvert le mouvement ATD quart monde en 1971 à l’âge de 15 ans, en fréquentant la cité de transit du Fort Rouge à Toulon où étaient relogées des familles anciennement au bidonville de l’Eygoutier au quartier de la Rode. Beaucoup de ces familles étaient d’origine gitane mais il y avait aussi des familles originaires d’Algérie où de Tunisie. J’avais en responsabilité la bibliothèque de rue tous les jeudis après-midi et l’animation d’un groupe Tapori, la branche enfance du mouvement ATD quart monde. Ces années ont été très importantes pour moi car elles ont été le socle de mon engagement quand je suis devenu adulte. J’ai été impressionné à la fois par la discrimination sociale vécue par ces familles et en même temps par leur courage pour défendre leur dignité .J’ai appris auprès d’elles l’importance du combat pour le savoir partagé, mais aussi l’importance de s’organiser pour avoir une parole crédible dans la société. À leur contact, je me suis formé au service de la fraternité et j’ai retrouvé dans l’Évangile de Jésus le sens d’une vie donnée pour le salut de tous.

Vas-tu participer à la journée mondiale du refus de la misère cette année ?

Journée mondiale du refus de la misère 2020

Bien sûr je participe à la journée du refus de la misère le 17 octobre en me tenant présent sur le parvis des droits de l’homme pour écouter le témoignage d’espérance de ceux qui osent prendre la parole malgré la honte de la pauvreté.
C’est d’ailleurs sous mon impulsion, quand j’étais aumônier de l’université, que la faculté de droit de Toulon a accepté d’apposer sur le mur qui surplombe l’entrée des étudiants vers les amphis une réplique de la dalle du Trocadéro commémorant le 17 octobre et citant le père Joseph Wresinski que j’ai bien connu :

« Là où des hommes sont condamnés à vivre dans la misère, les droits de l’homme sont violés. S’unir pour les faire respecter est un devoir sacré. »

Comment définirais-tu la misère dont il est question dans cette journée ?

La misère est cet état de vie qui laisse à penser à celui qui est dans la précarité qu’il en est le premier responsable au point de lui donner la honte d’exister… La misère est une forme d’enfermement dans un cercle vicieux qui exclut de l’accès aux droits, de la vie sociale et d’un minimum de reconnaissance. J’aime bien la citation du père Joseph qui aimait répéter : « Ce n’est pas de vivre dans la misère qui est une honte, c’est la misère elle-même qui est une honte ! ».

La confrontation à la fragilité, la pauvreté pourrait-elle fait grandir ?

La confrontation à la fragilité et à la pauvreté nous rend plus humains, plus sensibles à la peine des autres. Quand on est pauvre et fragile, on ne se suffit pas à soi-même. On a besoin des autres et on devient ingénieurs de fraternité. Qu’il est malheureux celui qui est enfermé dans sa suffisance et affirme n’avoir besoin de personne ! Qu’il est heureux celui qui garde le cœur ouvert pour la rencontre et le partage !

Comment participer à notre niveau à ouvrir une brèche de lumière dans la vie des enfants en situation de grande pauvreté et semer l’espérance dans leurs vies ?

Commémorer la journée du refus de la misère, c’est affirmer qu’on ne « gère » pas la pauvreté. On doit plutôt chercher à la faire disparaître non seulement par des actions d’entraide en matière de santé, de logement, d’éducation ou de travail mais surtout par le respect de la dignité de tous sans exclusive et par le respect et la considération accordés à chacun, quelque soit sa situation. Beaucoup d’enfants dans le monde ne voient pas quel sera leur avenir à cause de la misère dans laquelle vivent leurs familles. Les incendies récents dans les camps de réfugiés de l’île Lesbos sont une illustration cruelle de ce que peut produire notre indifférence à l’échelle internationale. Célébrer le 17 octobre, c’est une manière de résister à cette logique de l’indifférence en devenant des sentinelles de l’Espérance pour redire dans une société du repli sur soi et de la tentation de recréer une forme d’apartheid social. Quand on ne veut rien faire, on se trouve toujours de bonnes excuses… Quand on veut avancer, on finit toujours par trouver des idées !

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