Avec Sœur Lucette, la vie de l’ACE de Vitrolles est inscrite dans celle du quartier des Pins

Lucette - ACE vItrolles

A Vitrolles, Sœur Lucette s’occupe activement d’un club ACE depuis une vingtaine d’années. Pour elle, cet engagement était évidence et répondait à son désir de s’occuper d’enfants comme de vivre parmi les plus pauvres comme l’y invite la mission de la Communauté fondée par Nicolas Barré au XVIIe siècle. Lucette et ses sœurs veillent à ce que les deux clubs ACE de Vitrolles soient pleinement insérés dans la vie de leur quartier.

Jeune fille, Lucette Pluquet avait le vif désir de devenir institutrice mais n’y est pas parvenu. Alors qu’elle a exercé de nombreux « métiers de petite main », le désir de travailler auprès des enfants ne lui est jamais passé et il se développera dans sa vocation de religieuse. « Ma vocation, je l’ai reçue ! J’ai été élevée dans une éducation chrétienne même si mes parents n’étaient pas très pratiquants. La première fois que j’ai parlé d’être sœur, c’était à mes cousins et cousines à l’occasion de ma communion solennelle (NDLR : actuelle profession de foi). J’ai écrit à 16 ans à des religieuses qui me faisaient l’école pour les rejoindre mais elles m’ont répondu que j’étais trop jeune ! » raconte Lucette qui, quelques années après, rentrera à la Sécurité sociale pour y travailler et y découvrira la vie militante. Elle raconte : « C’est à cette époque que j’ai commencé à participer à l’ACO : le slogan c’était « lutter, c’est aimer ». J’ai rencontré une sœur qui était institutrice, militante syndicale et sœur. Je me suis dit que c’était possible d’être sœur et de continuer à militer ! Je crois beaucoup à la force qu’ont les témoins. »

Lucette a ainsi rejoint les Sœurs de l’Enfant Jésus, une communauté fondée par Nicolas Barré (1621-1686) au XVIIème siècle. « Nicolas Barré était un religieux de l’ordre des Minimes soucieux de la détresse du peuple des faubourgs de Rouen. Il a vu dans la misère des petits un appel à suivre le Christ. Quiconque reçoit un enfant en mon nom, c’est moi qu’il reçoit… comme il est dit que ce qu’on fait au plus petit en mon nom, c’est à moi que vous le faites. Cela a collé avec ce que j’avais envie de vivre !» raconte Lucette qui n’aura pas été longue à choisir la communauté dans laquelle elle pensait bien se sentir. Les religieuses qui s’engageaient à la suite de Nicolas Barré pour les pauvres et les enfants n’étaient pas cloîtrées. Cela était très nouveau car jusqu’à cette époque les religieuses vivaient toutes à l’intérieur des monastères, le cloître servant à les protéger.

Lucette aura passé de nombreuses semaines de vacances à encadrer des colonies avec des enfants et à animer des clubs ACE

L’ACE, Lucette la connaissait déjà lorsqu’elle vivait à Roubaix dans les années 1980. Une sœur de sa communauté était accompagnatrice spirituelle d’un club. Lucette prêtait cependant main forte pour encadrer les enfants pendant les sorties de clubs. Plus tard en 1985, lorsque Lucette arrivera à Vitrolles, elle rencontrera des enfants qui lui ont demandé à se rassembler et un club sera ainsi lancé, sous la responsabilité de Sœur Colette, puis de Soeur Marie-Rose. Lucette ne prendra la responsabilité de ce club que quelques années plus tard, en 2003 après avoir passé une dizaine d’années dans le Nord pour s’occuper de sa maman. « Comme je connaissais son histoire, j’ai voulu que l’ACE se perpétue à Vitrolles et, dès lors, je n’ai pas cessé d’animer un club, que je travaille ou que je sois au chômage. »

Les enfants ont des activités tournées vers leur quartier

La communauté des Sœurs de L’Enfant Jésus Nicolas Barré à laquelle appartient Lucette est établie depuis 47 ans au cœur du quartier des Pins de Vitrolles. « Beaucoup de familles nous connaissent par les relations de voisinage ou par l’aide aux devoirs. Actuellement, les 12 enfants en club sont de famille musulmane » raconte Lucette qui accompagne actuellement les 2 clubs.

Les activités de l’ACE auxquelles se joignent d’autres enfants du quartier des Pins ne manquent pas et le lien est facilité par Marie-Thérèse, une sœur de la Communauté élue à la ville de Vitrolles depuis 18 ans. Deux activités annuelles portées par les enfants sont même devenues des événements de quartier : la Fête du jeu et l’action du Mois du grand nettoyage.

Plus récemment, Lucette a été contactée pour faire participer l’ACE à une action de tressage de plessis. Pour ce genre d’activités, les enfants sont toujours partants !

Les enfants de l’ACE de Vitrolles font une activité de tressage de plessis.

Les visites à la maison de retraite sont redevenues régulières depuis quelques temps et récemment, une association qui s’appelle Ensemble un projet a contacté Lucette pour que les enfants aillent chanter dans une maison de retraite et un foyer-logement. « J’ai demandé aux enfants s’ils étaient d’accord… et bien sûr ils l’étaient ! C’est important de demander l’avis des enfants. D’ailleurs, je retrouve dans l’intuition de Gaston Courtois celle de notre fondateur le bienheureux Nicolas Barré qui estimait qu’en tant qu’éducateur, on devait parler peu et beaucoup interroger les enfants ! C’est ce que l’on essaye de faire en ACE ! » témoigne Lucette.

Le club, une bonne école de vie

Quand on lui demande ce que l’ACE apporte aux enfants, Lucette répond que ce sont eux qui peuvent le dire le mieux avant de rapporter le témoignage d’une maman donnée au journal La Vie en 2012 : « Elle a vu le comportement de certains enfants qui n’étaient pas faciles avoir changé. » Lucette nous rapporte également l’histoire de Yamina qui est devenue responsable de club tant elle avait trouvé formidable ce que l’on faisait.

Pour Lucette, le club est une bonne école de vie et elle ne manque pas d’exemples pour nous le confirmer. « Dans les activités manuelles, les plus grands vont souvent aider les Perlins une fois qu’ils ont fini leur activité. Nous essayons également de veiller à ce que ceux qui s’expriment peu par la parole, s’expriment aussi en prenant une responsabilité comme être délégué de club. Nous tâchons de faire des enfants des « mains de la paix ». Au début lorsque je faisais club, j’avais pris la place de celle qui était « désembrouilleur » alors que ce n’était pas à moi de le faire, mais aux enfants eux-mêmes ! Car des moments difficiles entre les enfants il y en a, parfois liés à une « espèce » de jalousie ou de rivalité entre écoles. J’essaie de percer l’abcès en demandant ce qui se passe. Parfois, trois séances de club sont nécessaires pour se réconcilier. Le pardon n’est pas facile ! »

Donner des responsabilités aux enfants, c’est également pour Lucette un point important de la mission de l’ACE : « Un jour, les enfants ont préparé un repas « fictif » pour quelqu’un. Je voulais demander à des adultes de participer au jury mais il n’a pas fallu longtemps pour que les enfants fassent eux-mêmes le jury ! En effet, ils n’attendent pas tout de nous. Il faut les laisser faire et leur donner une responsabilité, ça montre notre confiance. Notre rôle, c’est de manifester aux enfants qu’ils sont capables de prendre cette responsabilité. » raconte Lucette qui s’appuie aussi sur les valeurs d’entraide et de partage qui existent beaucoup dans la religion musulmane. « Au sein du club, nous faisons attention aux fêtes chrétiennes mais aussi aux fêtes musulmanes. Quand de nouveaux enfants veulent rejoindre le club, je rencontre les parents avant en leur demandant s’ils savent bien où ils mettent les pieds ! Je leur explique qu’à l’ACE nous sommes catholiques et donc universels et que l’on apprend à se respecter dans les deux sens, entre chrétiens et musulmans. Il y a deux mamans musulmanes qui nous aident pour les clubs, elles ont une très grande confiance envers nous. Nous ne nions pas que nous sommes chrétiens lorsqu’à l’approche de Noël ou lorsque nous faisons des crêpes à la Chandeleur, nous en expliquons le sens. Mais nous n’avons pas le droit de trahir la confiance d’un enfant en lui donnant par exemple un chant chrétien à chanter. »

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