À propos des liens d’amitié et de la confiance

L’amitié est une valeur fondamentale pour beaucoup d’entre nous.

Au-delà des moments agréables de rires, d’échanges, de partage, elle remplit deux fonctions, qui sont presque vitales pour l’homme : pouvoir attendre de l’aide et du soutien de ses amis en cas de besoin, mais aussi se sentir utile à pouvoir apporter son aide et son soutien à ses amis lorsqu’ils en ont besoin.

Les premières relations d’amitié peuvent commencer entre 2 et 3 ans. En grandissant, elles prennent de plus en plus d’importance, l’apogée étant à l’adolescence au cours de laquelle les amis deviennent des sources importantes de réconfort et de soutien.

Lien parent et enfant - ACE

La qualité de la relation aux pairs est influencée par la qualité de la relation aux parents. Les enfants qui ont une relation sécurisante à leurs parents ont plus d’échanges positifs avec leurs pairs. C’est tout notre rapport à l’aide (pouvoir apporter son aide, accepter d’être aidé), à l’amitié, à la solidarité, à nous-mêmes et aux autres qui est influencé par la façon dont nos parents (ou les personnes qui nous ont élevé) se sont comportés avec nous. Par exemple, si j’ai grandi avec l’idée (transmise de façon implicite par l’environnement) que je dois me débrouiller tout seul et ne compter que sur moi-même, je ne chercherai pas d’aide en cas de besoin, et j’aurai du mal à accepter l’aide que mes amis me proposent. Si au contraire j’ai expérimenté régulièrement que quand je suis dans une situation de détresse il y a toujours quelqu’un qui est là pour moi, j’ai confiance et je peux oser m’aventurer à explorer des choses qui me sortent de ma zone de confort.

Si je vais mal ou qu’il m’arrive quelque chose de difficile, ai-je confiance dans le fait que quelqu’un sera là pour me comprendre, m’écouter, me réconforter, m’aider ? La réponse que chacun va apporter (plus ou moins consciemment) à cette question est en grande partie liée à son histoire, son vécu notamment dans l’enfance.

Donc si je perçois qu’un ami traverse une période difficile et qu’il refuse de me parler ou l’aide que je propose de lui apporter, ce n’est pas qu’il ne me considère pas comme un ami ou que mon aide n’est pas efficace, c’est qu’il n’a pas appris à avoir confiance dans ce type d’écoute et de soutien et qu’il s’en méfie peut-être. L’important est alors de respecter cette position, tout en lui faisant passer le message que je suis là pour lui, je l’accepte comme il est, et que quand il se sentira prêt, je serai toujours là. Il pourra alors vivre une expérience « correctrice », c’est-à-dire différente de ce qu’il a eu l’habitude de vivre jusqu’à maintenant et qui pourra commencer à modifier sa vision des choses.

Les enfants ne sont pas épargnés par les difficultés de la vie

Les enfants et les liens d'amitié

Conflits, séparations des parents, harcèlement, accidents, maladies, deuil, attentats… Ces évènements traumatiques peuvent affecter durablement les enfants. La façon dont l’entourage va accompagner l’enfant dans ces moments difficiles va être lourde de conséquences pour la suite. Par exemple, imaginons un enfant qui aurait vécu un évènement dramatique. Si les adultes autour de lui sont trop envahis par leur propre tristesse ou détresse, ils risquent de ne pas être suffisamment disponibles (au niveau psychique et émotionnel) pour accueillir et accompagner la détresse de l’enfant. Cet enfant risque alors d’avoir le sentiment de devoir gérer ça seul. Il sera alors doublement impacté : à la fois par l’évènement en lui-même et par le vécu de solitude ou de non soutien face à cet évènement. Parfois, cette solitude ou le fait de se sentir à l’écart des évènements (si on ne lui en parle pas, ou qu’on le laisse à garder par exemple) est vécu par l’enfant comme encore plus traumatisant que l’évènement lui-même.

Au contraire, si l’enfant est bien entouré, accompagné, soutenu et qu’il lui est permis d’exprimer sa souffrance, l’impact du traumatisme sera diminué. Le traumatisme sidère, fige. Les enfants ne vont donc pas toujours réussir à exprimer verbalement ce qui les angoisse. Les moyens d’expression privilégiés vont être le jeu, le dessin, auxquels les adultes devront être attentifs. Sans harceler l’enfant de questions (auxquelles souvent il a du mal à répondre), l’idée est qu’il se sente autorisé à pouvoir exprimer des choses douloureuses et qu’il sente l’adulte en face de lui suffisamment solide pour pouvoir les entendre sans s’effondrer.

Face à ce genre de situation, les adultes accompagnant peuvent :

  • observer discrètement l’enfant, afin de voir ce qu’il exprime dans ses jeux, dessins, ou comportements
  • commenter ce qu’ils perçoivent de l’enfant sans le questionner, en le laissant libre d’en dire plus ou pas (par exemple « j’ai l’impression que tu te sens triste aujourd’hui »)
  • utiliser le jeu pour mettre en scène ce que vit l’enfant et évoquer dans le jeu des solutions ou des stratégies pour s’en sortir
  • proposer des médiateurs à l’expression, comme de dessiner comment il se sent ou construire ensemble une boîte de la peur, ou de la colère, ou de la tristesse (selon ce qu’il a vécu), dans lequel l’enfant pourra mettre des dessins ou des petits mots quand il en ressentira le besoin.

Parfois, l’impact du traumatisme est tel qu’il est nécessaire de consulter un professionnel spécialement formé à la prise en charge de ce type de problématique.

Il arrive aussi que l’enfant soit impacté fortement par quelque chose qui semble insignifiant aux yeux des adultes. Encore une fois, ce n’est pas l’évènement qui fait le trauma, mais l’impact émotionnel qu’il a sur la personne qui le vit. Dans ce cas, il est important d’accueillir les émotions de l’enfant sans les minimiser ou les nier (éviter « mais c’est pas grave, c’est rien, c’est pas la peine de pleurer pour ça »…). Accueillir dans l’écoute, sans forcément trop parler, sans chercher à trouver une solution toute faite pour que l’enfant se sente mieux. Laisser l’enfant dérouler le fil de sa pensée et de ses émotions dans une relation de confiance où il se sent pleinement accepté l’aidera plus à se sentir mieux, voire à trouver des solutions par lui-même (cf. le best-seller de Faber et Mazlish « Parler pour que les enfants écoutent, écouter pour que les enfants parlent »).

Concernant les adolescents, ils vont souvent privilégier leurs amis pour se confier, même si certains continuent à utiliser leurs parents comme source de réconfort pour les problèmes les plus importants. Il est important que les adultes comprennent ce besoin de résoudre les difficultés entre jeunes, en s’affranchissant en partie de l’aide et de l’avis des adultes.

Oriane CHERRIER*


Le Grand livre de l'amitié de l'ACE

Cet article est extrait du Grand livre de l’Amitié – Regards croisés sur la vie des enfants d’aujourd’hui, approche interdisciplinaire, réalisé à partir des contributions des enfants parues dans Le Grand livre de l’Amitié.


*Oriane CHERRIER est psychologue clinicienne depuis 2009, diplômée des universités de Bordeaux et Toulouse.

 De 2010 à 2013, elle se forme à la thérapie familiale et de couple d’orientation systémique à l’Institut Michel Montaigne à Cenon, en Gironde, dont elle rejoindra l’équipe de thérapeutes en 2012 et de formateurs en 2015. Forte d’une expérience de plusieurs années dans les domaines du handicap et de l’addictologie, elle s’installe en libérale et continue de se former, notamment au traitement du traumatisme psychique (psychothérapies EMDR et ICV) et à la théorie de l’attachement. Actuellement, elle s’intéresse au thème de la parentalité « éclairée » (discipline positive, communication bienveillante parent/enfant…) et anime des ateliers parentaux sur le bassin d’Arcachon. Elle anime également régulièrement des formations et des groupes d’analyse des pratiques dans différentes institutions. Elle collabore ponctuellement avec l’ACE.

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