Sœur Colette Rolland, ouvrière de la première heure pour les enfants de Sarcelles

Sœur Colette, à gauche, avec les enfants de l’ACE

Arrivée il y a 3 ans à Sarcelles, Sœur Colette Rolland a lancé l’ACE pour répondre aux besoins des enfants de son immeuble. Religieuse des Petites Sœurs de l’Ouvrier depuis 35 ans, elle a trouvé dans l’ACE un moyen de s’occuper des enfants dans l’esprit de la mission ouvrière. Elle est responsable du club des Canards à Sarcelles où il existe désormais 2 clubs.

Comment en êtes-vous venue à créer un club ACE ?

« J’ai vécu en MRJC et ensuite j’ai choisi de militer en JOC parce que je travaillais en usine. Les années de JOC m’ont appris à faire mon cahier de militante. C’est petit à petit qu’est né en moi ce désir de partager l’Evangile à mes copines et copains de la classe ouvrière avec qui je vivais. J’ai fait un peu d’ACE dans mon quartier, c’était en 1978. Pourquoi je me suis lancé à mettre un club ACE sur Sarcelles ? J’ai vu la misère de la jeunesse à Sarcelles. Si au moins quelques-uns découvrent l’ACE ce sera bien pour eux. Je connaissais seulement le mouvement grâce à Denise de ma Communauté qui s’occupait d’un club.

A Sarcelles, ma Communauté vit dans une tour de 12 étages. Dans l’immeuble, il y a des familles catholiques que j’avais repérées à la paroisse. Alors je suis allée voir une maman et lui ai proposé de faire de l’ACE avec ses enfants. Ils étaient 3, David, Alexandre et Jérémy et ont invité un copain, Enzo. Nous avons donc démarré un club à 4 enfants. C’est le Club des Canards. Au début du club, Bob a accepté d’être responsable avec moi. Patricia est la responsable du Club. Pour l’instant, il n’y a que des chrétiens… jusqu’à ce que les enfants invitent leurs amis musulmans.

Les quatre garçons du Club des canards

Depuis, un second club a été créé, « Sarcelles Sauveur », en lien avec le Secours catholique qui soutient l’ACE. Six enfants, Exaucé, Claire, Jacqueline, Joyce, Ersigano, Pierrette, Abigaëlle se retrouvent à la Maison de la solidarité de Sarcelles, et ont pour responsable Claudia et Christy. Claudia travaille comme bénévole au Secours catholique et a accepté d’être responsable du club avec sa fille, Christy. Je continue à accompagner le club. Au début il y avait des enfants musulmans qui sont depuis partis pour apprendre l’arabe et le Coran tous les mercredis et les samedis.

Tous les enfants qui sont au Secours Catholique sont des migrants. Ils vivent en hôtel ou chez les habitants. Les familles sont en attente d’obtenir leur titre de séjour. Une famille l’a obtenu. Nous avons fêté cela au club. »

Qu’est-ce que l’ACE apporte, selon vous, aux enfants ?

« Je fais l’ACE pour que les enfants apprennent à grandir. L’ACE est un mouvement qui permet aux enfants de découvrir qu’ils sont solidaires les uns aux autres. C’est une façon de grandir en s’acceptant différent.  A travers le jeu ils apprennent à se respecter, à bâtir et vivre des projets ensemble. En club ils apprennent la fraternité, la solidarité et à s’aimer dans leurs différences. Pour moi, le plus important, c’est de leur apprendre à discerner ce qui est bien et ce qui est mal. C’est important pour moi que les enfants choisissent ce qui les fait grandir et ce qui donne vie plutôt que ce qui les enferme. « Choisis donc la vie » Deutéronome 30, 19

Comment avez-vous eu votre vocation ?

Revue Bernadette

« A 9 ans, je voulais être missionnaire. J’aimais beaucoup lire la revue « Bernadette » dans laquelle on parlait de la vie d’un(e)  saint(e) en bande dessinée… Je m’imaginais être au milieu des gens. Depuis 38 ans que je suis religieuse, j’aime vivre dans les cités populaires où sont les gens qui se lèvent tôt pour aller au travail ou qui rentrent tard. Je suis dans une tour où vivent 48 familles y compris ma Communauté. J’aime mettre les gens en relation, les faire se rencontrer. Avec la Mission ouvrière, on invite les gens à des rencontres, en croyant que cela leur fera du bien. D’une certaine façon, ils sortent d’eux-mêmes, et font connaissance avec d’autres. La Mission ouvrière est toujours une découverte parce qu’ils peuvent dire ce qu’ils vivent.

Comme religieuse, je crois que la vie de prière est liée à la mission. Si je ne prie pas, je ne pourrai pas continuer à être au milieu des gens, à agir avec… J’ai vu des situations difficiles et prier Dieu permet que, même dans la difficulté et le péché, peut abonder l’amour de Dieu. J’ai été témoin de cela. » Là où nous sommes nous essayons de semer de la fraternité, l’amour, la solidarité.

Un jour, une femme avec qui je faisais le ménage et à qui je disais que j’étais religieuse me dit : «  C’est que notre vie est importante si tu es  ici. »

Quel lien y a t-il entre l’ACE et votre communauté ?

« Le charisme des Petites Sœurs de l’Ouvrier, c’est « d’évangéliser la classe ouvrière par les moyens que Dieu suggérera ». Les Sœurs ont toujours été engagées dans divers mouvements depuis la fondation de la congrégation en 1880. Des sœurs ont travaillé en usine pour partager la condition des ouvriers et des ouvrières. Aujourd’hui encore, nous travaillons comme les gens pour pouvoir vivre de leur salaire. Les ouvriers ont besoin, eux aussi, qu’on leur annonce ce trésor de l’Évangile. La mission est d’être parmi les gens pour leur dire que Jésus Christ les aime. Je ne me vois pas faire autre chose que cela…

A Sarcelles, je suis en communauté avec des sœurs de 94 et 99 ans. Il y a quelques temps, une sœur a fait une chute et j’étais en admiration de ce qu’elle a vécu ! Elle est partie à l’hôpital avec les pompiers mais au retour, il a fallu que je la raccompagne dans notre communauté. J’ai pu compter providentiellement sur la présence de deux hommes – que nous gênions pourtant ! – qui l’ont transportée jusqu’à l’appartement. J’ai trouvé cela formidable. La solidarité existe dans nos quartiers. Comment ne pas croire que, lorsqu’on met ses soucis dans le Seigneur, Il s’occupe de tout ? »

Psaume 37,5

« Dirige ton chemin vers le Seigneur, fais-lui confiance, et lui, il agira. »

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